Nounours est un mec bien sympa puisque, comme son surnom ne l’indique pas, il n’a strictement rien d’une force de la nature et d’une brute dont la force est inversement proportionnelle au poids de la matière grise qui siège dans un coin reculé de sa boîte crinière (je pense au supporter du PSG ou à l’électeur frontiste qui parfois habitent souvent le même survêtement…). Nounours, lui c’est un gars plutôt frêle. Le genre de physique passe-partout qu’on oublie souvent quelques minutes après l’avoir croisé. La preuve. Tout le monde a oublié son vrai nom. Nounours ne ressemble en rien non plus à la peluche prés de laquelle on aimerait se blottir. Il n’a pas le poil soyeux (quoique je ne m’en suis pas approché suffisamment pour pouvoir le vérifier…), il ne possède pas non plus la voix grave, douce et chaude du Teddy Bear de nos enfances. Son timbre, éraillé et abîmé par des années de Gitane Maïs et de Ricard lui donne des allures sonores de Clodo qui gueulerait pour récupérer son banc de square que des pigeons lui auraient squattés… Même ses fringues font peine à voir. Il se trimballe souvent avec un jogging passéde mode et de vieilles baskets qui furent blanches à une époque qu’il n’ sûrement lui-même jamais connue…Pourtant il bosse. Il est fonctionnaire (personne n’est parfait…) et CGTiste (Non vraiment personne…).

Tout le monde aura compris que Nounours n’en est pas un… tout le monde a oublié le pourquoi de son sobriquet. On l’appelle Nounours, c’est comme ça. Il n’est pas gros, il n’est pas beau, il n’est pas attendrissant. Au premier abord, Nounours, je ne l’ai pas trop aimé. Pas assez poli, pas assez au fait des codes de ceux qui voudraient qu’on reçoive leurs salutations distinguées. Le tutoiement trop facile (même mes enfants ne me tutoient pas, tellement je suis snob…). Il a le verbe trop haut ou trop gras. Il parel trop fort et rop mal (il fait d’ailleurs des fautes d’orthographe même à l’oral..). Bref, pas assez de mon monde réel ou idéalisé. Celui des saints, des gens biens, des grands esprits. Un pauv con quoi !

Et puis, Nounours, j’ai commencé à le connaître. Je travaillais dans un centre de SDF. On avait peu de moyens. Un jour, il a débarqué dans la structure. Comme ça. Mandaté par rien ni personne. Qu’est-ce que venait foutre un gardien de stade à cent lieux de son lieu de travail ? Moi, qui ai longtemps pensé que « syndicalisme » était un nom de maladie n’ai pas vu d’un très bon œil ce manifestant et revendicateur à temps plein. Et donc, ce qui devait arriver arriva : il est allé voir les résidents, a bien noté leurs doléances (frigo qui ne marche pas, une petite machine à café pour 20 personnes…), poussa un coup de gueule en disant que c’était dégueulasse que la mairie ne mette pas à disposition le minimum vital à ces pauvres gens, et tout un tas de termes syndicalo-insultatoires que je me refuse à livrer ici à vos oreilles chastes et vos yeux délicats. Il repartit comme il était venu en prévenant tout le monde que ça n’allait pas se passer comme ça. Moi, je rigolais intérieurement parce que ça faisait depuis l’ouverture du centre qu’on demandait à la Direction Générale et aux élus un peu de sous pour changer le réfrigérateur et s’équiper en machines à café. De guerre lasse on avait dû demander au service des relations publiques la leur en leur promettant de leur rendre dés le lendemain. Ca faisait maintenant deux mois qu’on avait « oublié » de la rendre et qu’ils nous harcelaient tous les jours pour la récupérer. Heureusement l’épidémie de gale avait refroidi les ardeurs de la chef de servir qui voulait venir récupérer en personne son précieux bien. Bref, je demandais à voir pour Nounours et ses promesses en l’air…

Trois jours plus tard, on nous livra un congélateur et un frigo. De récup certes, mai qui fonctionnaient parfaitement. Et c’est Nounours qui nous rapporta personnellement quatre machines à café neuves ou tout comme. Il m’expliqua qu’il était aller gueuler directement chez les élus (ce qui est déjà un exploit en soi puisqu’un élu dans une mairie c’est un peu comme l’équivalent de Dieu, mais en moins sympa et surtout, en plus susceptible…) et que ceux-ci, au lieu de le virer à coup d’agents de sécurité avant de le muter au service de gardiennage de nuit des parkings, ont contacté les moyens généraux pour qu’il lui soit mis à disposition les frigidaires. Pour les machines à café, il fit plus fort encore. Il prit les cafetières réservés aux bureaux électoraux.

Epatant… Epatant que ce personnage qui ne ressemble à rien ou presque, ce gars sans élégance, sans études supérieures, sans connaissance du moindre penseur ou philosophe se montre plus humaniste, plus courageux, plus intelligent et plus modeste que bien des gens (dont je fais partie…) qui se piquent de bons sentiments, de grandes idées et de belles valeurs… ce jour là, jai reçu deux leçons : la première, est que la première impression n’est pas la bonne et que surtout, surtout, l’habit ne fait pas le moine. La seconde, c’est que je suis tout petit malgré mes, années post bac et mes livres lus… je dis ça sans démagogie. C’était plusieurs années et je n’ai pas oublié ces deux leçons…

Et ce n’est pas tout. La semaine dernière, je suis allé dans une expo vente de jouet au profit des enfants autistes. Et devinez qui tenait la buvette ? Sur son temps libre aussi c’était un mec bien. Nounours, je le pensais unique. En fait, c’est parce que ms yeux n’étaient pas tout à fait décillés. Des Nounours, y en a partout. Ils s’appellent Luc, Patrice, Jo ou  Gilles. Ils vous aident quand vous avez besoin, sans même que vous leurs disiez que vous êtes dans la panade. Ils vous trouvent un job au carrefour du coin, à la piscine, vous les voyez débarquer à votre déménagement au petit matin et n’en partir qu’une fois tout chez votre nouveau chez vous. Ils viennent vous voir à l’hôpital, vous passent un petit coup de fil quand ça va pas, en un mot, ils changent la vie, sans demander merci, sans même y penser… ils ne sont jamais loin en cas de besoin

Comme les nounours finalement !